Bisous
Delphe
Ma main frôle l'un des murs, j'effleure un filet de liqueur,
Mes doigts poisseux sont collants, je découvre leur odeur...
Du sang... Des épanchements de sang dégoulinent sur les parois
Je ne peux distinguer l'humeur dans laquelle je progresse
Mes sens au bord de l'asphyxie, je veux retenir mon souffle
J'essaie, j'essaie encore, mais... mais... mais c'est trop difficile...
Là-bas, d'autres êtres perdus et une porte...
Bardée de fer et d'acier, de multiples pointes dardent leur mort acérée...
Pourtant chacun tente sa chance sur les ouvrants
S'épuisant, s'écroulant, sans vie à ces pieds...
Tout à coup, la porte devient lumière aveuglante.
L'opacité de l'ouverture devient incandescence...
Les pointes lentement rougissent, deviennent ardentes,
Les âmes perdues s'élèvent et s'enfuient par les interstices
Atteignent l'autre côté, l'atteigne, lui...
Brutalement, la porte, à nouveau opaque,
Les pointes affichent de nouveau leur danger
Certains sont passés, mais moi... moi, je le sais, il me faut faire demi-tour.
Avançant dans ce silence étouffant
Je scrute le lointain, mes pas sont lourds
Pourtant, j'ai l'impression d'être revigoré,
Comme si l'énergie envahissait mon corps
La pénombre s'éclaircie, et là-bas,
J'aperçois mon corps allongé sur le lit blanc, immobile, figé...
Vais-je réintégrer ce corps tellement rejeté,
Si immonde, si laid, sans intérêt...
Mais une force m'y oblige, me contraint
Et j'ai beau lutté, refusé,
Je récupère ce corps, corps abîmé par tant de souffrances
J'ouvre les yeux et revis parmi vous...
Mort à vivre...
Revivre, moi, pour qui ?
Un but, pourquoi ? Déjà raté...Scarifié...
Et alors, bientôt la mort,
Unique délire où... Unique désir...
Maintenant, plus que des mensonges...
Cette vie sans intérêt qui rapporte...
Une vie sans cadre, sans tain pour le miroir...
Je suis en train de mourir lentement,
J'abandonne, interdit d'être vivante,
Invisible, inusable parce que toujours en vie,
Illogique paradoxe pour l'imbécile que je suis.
J'y ai tellement cru, je l'ai tellement désiré,
Prête à tout pour y arriver...Mais trop tard
Plus que des regrets... Regrets d'un corps lisse
Et sans défaut, échangé un jour d'avril
Contre une demi-mort assassine...
Je suis fatiguée de vivre...très fatiguée...
Alors, à vous tous qui acceptez de me connaître
Mes chers médecins, et tout ces chers autres
Que j'ai pu troubler, j'aimerai vous donner une fleur
...Blanche, qui ne me représentera jamais
Qui ne sera ni icône ni souvenir
Pour une pureté ratée...fanée...
Il n'y a personne, nul héraut à toucher au réveil
Personne à troubler...à embrasser...
Mes yeux se voilent d'une ineffable tristesse
Marqués du seul sceaux incandescent
De l'ultime frayeur sans nom que l'on devient...
Personne...
Pas un sanglot, pas une larme... Le vide, l'irréalisable
L'impossible chargé de promesse et d'espoir,
De mensonges et de déboires, de malheur pour un mal au cœur...
Entends l'appel de Personne, il me tend les bras, une nouvelle fois...
Un nouveau choix ? Entre une mort à vivre ou une vie de mort ?
Plus d'impatience, attends-moi,
Aide-moi encore un peu... J'arrive,
Je n'emporte rien d'autre que l'angoisse
De cette triste tragédie... J'accours, je viens à toi,
Embrasse-moi, serre-moi fort dans tes bras
Plus fort encore, je n'ai plus que toi,
Je sens déjà le froid s'insinuer en moi...
Le temps est un sculpteur qui modèle chaque visage,
Le cisèle puis le peaufine, avant que déçu par son oeuvre,
Il l'use et le grave de marques indélébiles...
Le temps fait son oeuvre et passe en silence sur nos vies
Les conduisant de sa main
Jusqu'au bout du chemin
Le temps est immuable peignant
De la finesse de son pinceau de fines ridules
Qu'il reproduit chaque jour immanquablement
Delphe
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